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Zohra Kehli : « Je peux faire quelque chose pour l’Algérie ».

Posté le 26/02/20

 

A tout juste dix-neuf ans,  Zohra Nora Kehli rêve de participer aux Jeux Olympiques avec l’Algérie dans sa discipline du Sabre (Escrime).Pour y parvenir, l’étudiante en licence d’histoire à la Sorbonne s’est donnée tous les moyens cette année en choisissant comme entraineur une référence mondiale en la personne de Christian Bauer. A quelques mois des olympiades de Tokyo nous sommes allés à la découverte de la nouvelle Championne d’Afrique junior. Entretien avec une jeune athlète hyper déterminée

Vous étiez récemment à Alger pour disputer les championnats d’Afrique juniors. Quel bilan faites vous de votre prestation? 

Zohra Nora Kehli :Je suis contente de la manière dont j’ai tirée. Il y a eu cependant un  gros problème d’arbitrage qui m’a couté cher au classement puisque  je finis 20ème sur 37. Par équipe nous terminons 5è sur 7 après une belle victoire face à l’Egypte..

Le grand public ne connait pas bien le sport que vous pratiquez. Pourriez vous nous en dire un peu plus?

En Escrime, il y a trois armes distinctes : le Fleuret, le Sabre et l’Epée.Je pratique le Sabre. Nous avons le droit de toucher toutes les parties du corps au dessus de la ceinture. Nous sommes branchés à des câbles électriques pour déterminer celui qui marque les points. En phase de poule, ce sont des matchs à cinq touches. Quand on accède aux tableaux, on passe à 15 touches avec une pause à 8. C’est comme cela jusqu’à la finale.

Combien y a t-il de tours avant de parvenir en finale?

Cela dépend des compétitions. Cela peut aller jusqu’à 8 matches en 15 touches. C’est la première qui arrive à 15 qui remporte le match.

Comment est née cette passion pour l’escrime?

C’est mon oncle qui nous a initiés à l’escrime mon frère et moi. A l’époque, le CA Montreuil avait organisé une journée portes ouvertes. C’est comme cela que j’ai découvert ce sport. Depuis petite je me suis prise au jeu des combats. J’ai continué par la suite. 

Qu’est ce que vous appréciez dans ce sport?

La rigueur, l’élégance et l’esprit de compétition.

Pour quelles raisons avez vous décidé de vous spécialiser en Sabre?

Comme tous les escrimeurs, j’ai débuté par le Fleuret pour avoir les bases. A un moment, j’ai dû choisir car je faisais des compétitions en équipe de France. J’étais sur le Fleuret et le Sabre. C’était très difficile de jongler avec les deux. En catégorie Minimes, j’ai donc choisi mon arme de préférence qui a été le Sabre même si je pense que j’étais un peu plus forte en Fleuret. 

 

 

Les techniques de combat sont elles identiques?

On a une même base d’escrime avec des qualités identiques mais les techniques et les tactiques de combat sont différentes. 

Quelles sont les différences entre le Fleuret, l’Epée et le Sabre?

Les armes ne sont pas les mêmes. On les tient de manière différente. Pour le Fleuret, on n’a le droit de toucher que le tronc tandis qu’avec l’épée, c’est tout le corps.

Qu’est ce qui est difficile à maitriser dans ce sport?

Il faut savoir se gérer, contrôler son stress et surtout arriver à se dépasser.En compétition, c’est parfois difficile de tenir. C’est le mental qui joue beaucoup.

L’escrime demande beaucoup de vigilance. Comment travaillez vous cette concentration ?

En club, on se prépare physiquement et mentalement.C’est un travail du quotidien à l’entraînement.

Avez vous des techniques qui vous permettent d’être concentrée?

A chaque entrainement, j’essaie d’être focus sur un objectif et de me dépasser chaque jour. A la fin de la séance, je fais le bilan pour savoir si j’ai réussi ou pas.

Est-ce difficile d’allier études et sport de haut niveau?

Il y a une période durant laquelle cela a été très dure de concilier un Bac S et la participation à un championnat d’Afrique.J’avais du mal à faire comprendre à mes anciens établissements que c’était ma passion et que je continuerai coute que coute ce sport. C’était mon rythme de vie. Je ne me voyais pas abandonner l’un des deux. J’ai réussi à alterner les deux. 

Comment s’organise votre journée d’entrainement?

J’ai changé d’entraineur et de club depuis septembre.Je suis dans l’académie du meilleur entraineur au monde, celle de Christian Bauer.Le matin ça démarre dès 8h30 et ce jusque 14 heures.Je reprends ensuite de 16h à 19h avec mon club. La plupart des athlètes qui sont avec moi le font à plein temps car il y a les Jeux Olympiques de Tokyo.

Quel est le programme type pour une athlète de haut niveau?

On a un programme par semaine.Les entrainements sont organisés en fonction des compétitions auxquelles on participe.Deux semaines avant un tournoi, cela devient intense. Si le tournoi est plus lointain, c’est encore plus intense car on travaille le foncier et la tactique.

 

 

Pourquoi avez vous décidé de changer d’entraineur?

Je me suis rendue compte qu’il fallait que je passe un cap en intégrant une structure professionnelle de haut niveau. Avec l’aide de mon entraineur, je sais que je peux aller plus loin et atteindre mes objectifs.

De quelle manière vous aide t-il à progresser?

A chaque entrainement, on a une leçon individuelle qui permet de pointer du doigt nos défauts et de nous corriger.Et surtout on travaille nos points forts.

Quels sont justement vos points forts?

J’ai des facilités en attaque. Je suis rapide et j’ai de bons appuis sur mes jambes.

Et dans quels domaines devez vous progresser?

Dans la tactique. Je dois aussi toujours faire le bon choix que ce soit au niveau de la touche ou avant de commencer un match.

Avant le début du match vous pensez déjà aux touches que vous allez placer?

Tout à fait. Ce sport demande beaucoup d’intelligence et de réflexion. Il faut aussi rester concentré sur les fautes que l’adversaire peut faire.

Comment en êtes vous arrivée à défendre les couleurs de l’Algérie?

C’est un choix du coeur.Cela fait un peu plus d’un an et demi que je représente l’Algérie.J’en suis fier. Je me dis que je peux faire quelque chose pour mon pays d’origine.C’est une façon différente de montrer qu’on peut être Algérienne sans être née là bas.

Est ce que la fédération s’appuie beaucoup sur les bi-nationaux?

Ils prennent des athlètes de là bas et d’ici. Il y a des escrimeurs qui se présentent à eux mais parfois la fédération propose à certains de les rejoindre.

 

Avez vous vous même été démarchée?

Avant que j’accepte de tirer pour l’Algérie, j’étais encore jeune.Je faisais le lycée. Je préparais le bac.Mes parents ont eu un peu peur pour moi. On ne savait pas trop comment cela allait se passer.Un an après, j’ai pris toute seule ma décision.J’ai dit à mes parents que si je voulais commencer à jouer dans la cour des grands, c’était le moment.

Est ce que la fédération met des moyens à votre disposition ?

Oui, elle prend en charge les athlètes.

 

 

A  titre individuel avez vous un sponsor?

Je n’ai pas eu le temps de m’occuper de cela mais j’ai des contacts avec des entreprises et notamment un assureur français. C’est difficile d’en trouver en Algérie quand on vit à l’étranger.

Est ce que cela coute cher de pratiquer l’escrime?

Oui. C’est un sport qui n’est pas très accessible. Il faut beaucoup de moyens pour le pratiquer.Mes parents ont énormément dépenser pour cette discipline.

Qu’est ce qui coute cher?

Tout. Les déplacements à l’étranger pour les tournois, la prise en charge, l’équipement qui peut dépasser les 1000 euros. Il y a aussi le kiné, la préparation physique et mentale, les programmes diététiques. Selon les compétitions programmées dans l’année, cela peut aller de 8000 à 20 000 euros annuels.

Quelles sont les meilleurs nations en Afrique?

Pour le Sabre, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie font le podium aux championnats d’Afrique. 

Vous avez participé aux championnats du monde à Budapest en décembre. Quel bilan faites vous de votre tournoi?

Pour une première compétition junior, je finis 37è sur un peu plus de 140 athlètes. C’est un bon classement mais il peut être amélioré.J’aurais pu faire mieux si je m’étais un peu plus dépassée. Mon dernier match a été difficile. J’ai eu du mal à trouver rapidement la solution et à gagner le match. Je progresse.

Vous avez été individuellement championne de Méditerranée et d’Afrique par équipe. Votre rêve est de participer aux JO. Qu’est ce qui vous manque pour atteindre cet objectif?

Je dois continuer à travailler, à progresser et à ne pas lâcher. Se qualifier pour les Jeux Olympiques reste très difficile.Il faut être dans les 16 premières au classement international ou être Championne d’Afrique.Il y a ensuite une compétition spéciale par continent qu’on appelle la « Zonale ».Chaque pays est représenté par une seule athlète. Celle qui l’emporte fait les JO.Cette année, elle aura lieu au Caire début avril.

Entretien réalisé par Nasser Mabrouk